Le peintre créateur d’utopie vivante ou, le pouvoir de l’art

HUNDERTWASSER au musée Unterlinden, Colmar.

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Rares sont les artistes ayant poussé leur art aussi loin et sans concession, au sein même de la vie. En effet, Hundertwasser n’a pas été que le témoin de son temps, il a agit sur lui. Allergique au conformisme ambiant au point de haïr la ligne droite. « Quand un lion s’approche de vous ou quand un requin veut vous tuer, vous êtes naturellement en danger de mort. Nous avons côtoyé ces dangers pendant des millions d’années. La ligne droite est un danger créé par l’homme. Il y a tant de lignes, des millions de lignes, mais une seule est mortelle, et c’est la ligne droite tracée à la règle. Le danger qui émane de la ligne droite n’est pas comparable au danger qui émane des lignes organiques que font par exemples les serpents. La ligne droite est étrangère à la nature de l’homme, de la vie, de toute la création. »

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Cet autrichien né à Vienne en 1928 verra sa carrière débuter à Paris. Puis très vite il parcourras le monde grâce à une série continue d’expositions, de discours-manifestes et de happenings-performances. Cela s’illustrera par une théorie: l’homme a trois peaux. L’épiderme naturel, les vêtements et la maison, tout cela sous le principe de la spirale (niveaux de conscience successifs et concentriques par opposition au moi profond). D’où sa haine de la ligne droite qui empêcherait toute divagation créatrice. Il parle de son laboratoire mental pour obtenir une parfaite autonomie imaginative. Pour Hundertwasser, l’art est le chemin qui mène à la beauté. Autre postulat chez lui , la nature est une fin en soi. Il fut traité de beatnik ingénu voir de bouffon jouant au terroriste mental. Tout est inscrit dans sa peinture, le rapport haine-nature, projet de société, lutte contre la tyrannie du fonctionnalisme et le grand défi: le triomphe de la beauté sur la laideur polluante. Sa seule arme est son art.

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A Colmar l’accent a été mis sur son œuvre picturale. Emerveillement de la BAC sur cette peinture lumineuse et humaniste comme peu de peintres sont capables d’aller rechercher (grâce à la spirale…) au plus profond d’eux-mêmes les formes et les couleurs vives de leur enfance pour illuminer de la sorte l’espace d’exposition. Forte utilisation de peinture métallique, brillante, avec une priorité de couleurs chaudes et plus particulièrement de jaune. Ses tableaux, qui sont fait de feuilles de papier collées sur la toile puis peintes ou dessinées représentent en majorité ce que l’on pourrait nommer des « villes nature ». En effet mêmes s’il y a beaucoup d’immeubles, ceux-ci sont recouvert de végétation, des arbres sortent des fenêtres, etc. Les deux belles pièces de l’exposition sont des tapisseries de grandes dimensions reprenant les mêmes sujet que les toiles mais donnant une impression de volume, de profondeur, qui décuple leur attrait. Les affiches regroupées dans une petite salle sont d’un intérêt certain sur son travail de militant humaniste et écologiste. On y découvre également des séries de timbres et de pièces que lui avait commandé l’ONU sur des thèmes tels que la paix, la fraternité ou encore l’écologie.

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Seul regret, l’absence (à part quelques photos) de prise en compte de son œuvre architecturale. Nous aurions aimé voir les maquettes de ses réalisations. Il se définissait comme un « médecin de l’architecture », il détestait la plupart des architectes, il pensait que chacun devait pouvoir construire sa propre maison (sa troisième peau) comme il l’entendait. Il a lui-même construit ou rénové des quartiers (à Vienne), au Japon, en Nouvelle Zélande, en Australie… »Je crois que l’architecture a toujours été mon but. J’ai peint parce que l’on ne m’a pas laissé faire autre chose. J’ai donc rêvé en petit ce que je ne pouvait pas réaliser en grand. Je rêvais que les tableaux n’étaient que des projets et des maquettes pour de plus grandes choses. »

Vieux-Poney et Ray.

Les citations d’Hundertwasser sont tirées du livre: Hundertwasser de Harry Rand, éditions Taschen.

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